Biographie de Jacques Joos

Les œuvres peintes de Jacques Joos présentées dans le splendide cadre de l’Eglise des Cordeliers à Gourdon (Lot) avaient permis en juillet 2002 de proposer une rétrospective de son travail sur quatre décennies.
Entré aux Beaux-Arts de Toulouse en 1962, Jacques Joos en sort cinq ans plus tard, après avoir profité de l’enseignement de son maître Bergougnan. Viennent ensuite les années parisiennes entre 1967 et 1970 dans l’atelier Chapelain-Midy. Il se forme, se cherche, plus exactement cherche un style.
Ces années de jeunesse sont également marquées du saut des premières expériences en restauration murale. Encore toulousain en 1965, il participe au chantier monumental de restauration du couvent des Jacobins, non loin du quartier du Capitole. Jugé comme l’un des plus beaux édifices religieux de Toulouse, au côté de Saint Sernin, ce lieu peut de nouveau laisser voir dans son intégrité son somptueux palmier. 1965 : c’est aussi l’année du premier portrait assumé. Fascination pour ce domaine dans lequel Jacques Joos excelle, technique qui lui permet de retrouver l’intériorité de chacune des personnes qu’il immortalise, d’être dans l’intimité d’une posture.
Nouvelle étape en 1976. Dans le contexte des années d’enseignement en région parisienne, il donne une réalité plastique à un sujet qui va faire la singularité de son style : le drapé. Son imaginaire créatif s’émancipe : le simple voile ébauché au coin d’une nature morte devient le centre de ses toiles. Parfois négligemment posé sur une structure, le drapé occupe bientôt la plus grande partie de l’espace. Donner du volume à la surface plane, jouer des plis, des effets d’ombre et de lumière, des transparences, penser le rapport entre fond et figure, le relief de la forme ; tout cela, le drapé permet de l’actualiser, de le sublimer.
Jacques Joos n’en oublie pas pour autant le portrait. Ses élèves acceptent de devenir des modèles privilégiés (Candidats du futur, 1977). Il suscite des vocations ; certains de ceux qu’il oriente deviendront même, bien des années après, des confrères. Seulement, l’enseignement l’accapare tellement qu’il finit par décider de se consacrer exclusivement à son métier de créateur. Au début des années 1980, alors qu’il vient de retrouver sa ville natale, Toulouse, il participe à la création d’un atelier de restauration de fresques qui deviendra le plus important du sud de la France : cathédrale de Cahors, chapelle de l’Impératrice Eugénie à Biarritz, église Saint-Pierre de Moissac, les Pénitents gris de Béziers ; nombreux sont les monuments qui, grâce à l’atelier d’Assalit, retrouvent un sang neuf.
Nouvelle étape : 1984. Fort de son activité de restaurateur, il prend conscience de la nécessité de donner une actualité au travail de fresquiste. Si bien qu’il décide d’arrêter provisoirement la restauration pour se consacrer pleinement à la peinture murale. Pourquoi ne pas concevoir cette dernière comme création à part entière ? Il réalise des murs peints à Toulouse, à Paris, puis dans les quatre coins du pays. Autant peintures en extérieur que décors intérieurs. Un domaine qui occupe la part la plus importante de son temps.
Il faut une période d’accalmie créatrice à laquelle vient se greffer un événement politique notoire (la chute du mur de Berlin en 1989) pour susciter chez lui à nouveau la volonté de revenir à la peinture de chevalet : ces bouleversements lui inspirent une série de toiles à laquelle il associe l’idée de « fragments ». Le drapé devient maintenant métaphore ; il occupe l’intégralité de l’espace laissant apparaître la béance du fond, à l’exemple du « mur déchiré ». A partir de ce moment, peinture murale et peinture de chevalet vont être régulièrement en interaction. Le voile gagne l’architecture (mur pignon à Paris dans le quartier latin représentant un drapé géant ; Jugement dernier de l’Eglise Notre Dame de Grâce de Passy, Paris XVIe arr. ; mur Pignon à Toulouse, boulevard de la Gare…), tandis que la toile devient voile.
Dans les années 1990, les expositions se multiplient. Le geste est de plus en plus libre, parfois rageur, l’inspiration plus colorée. Ce sont les séries de « patchworks », de « paysages tendus ». Egalement préoccupé par les conflits qui hantent l’homme – des peurs du Moyen Âge aux terrorismes d’aujourd’hui – Jacques Joos ne cesse d’exorciser dans ses toiles ces thèmes douloureux (toiles sur le catharisme ; Entre sable et poussière, 2001…). Plus généralement, sa peinture se présente comme un regard sur le monde.
En 2003, il renoue avec l’activité de restaurateur de fresques murales en co-fondant avec Isabelle Lafitte l’Atelier d’Autan. Jusqu’à ce jour de nombreux édifices ont retrouvé une nouvelle « jeunesse » grâce à leurs travaux (abbaye-école de Sorèze, couvent des Jacobins à Toulouse, création d’un décor à la manière XVIIIe pour la brasserie du Bibent, place du Capitole à Toulouse…).

En guise de conclusion, comment ne pas méditer sur son activité de plasticien en général, au regard de ses dernières œuvres regroupées sous la thématique « Nuits tentaculaires » et exposées en 2011 à la Galerie Art Sud. Cette série, plus expressionniste et intérieure à la fois, marque un nouveau jalon. Pourquoi éprouve-t-on la nécessité intérieure de changer de manière stylistique ? Dans la peinture d’aujourd’hui les conditions plastiques sont telles, les enjeux souvent si connotés que la question du style n’a jamais été aussi épineuse. Par delà la zone de fracture entre l’idéal d’abstraction et la réification du paradis figuratif perdu, il n’est souvent de solution que dans la radicalité assumée.
De la technique des coulées apparue en 2004, alors qu’il travaille à un ensemble de toiles autour des thématiques de la lumière d’espace et du paysage biologique, a jailli quelques années plus tard un insondable monde nocturne de cris étouffés, de plaintes muettes et d’angoisses refoulées, révélateurs de son imaginaire actuel.

MdL